Bilan et propositions pédagogiques faites à la direction

Courrier adressé le 14 avril par la sections  à
– Mr Keirel – Proviseur
– Mmr Pailhé – Proviseure ajointe
– Mr Kopp – Directeur du primaire

Messieurs, Madame,

Nous voulions attirer votre attention sur le fait que de nombreux collègues nous ont fait part de leur grande fatigue et de leur profond malaise face aux rythmes de travail imposés au nom de la continuité pédagogique aux enseignants comme aux élèves mais aussi face à des méthodes de travail mises en place dans l’urgence et qui semblent peu adaptées à l’enseignement distanciel sur la longue durée. Beaucoup se demandent s’ils seront capables de continuer sur la lancée actuelle jusqu’à la fin de l’année scolaire.

Nous avons fait circuler un sondage auprès de nos collègues qui a reçu
22 réponses jusqu’ici et fait ressortir un certain nombre de points, notamment :
– 57% des sondés souhaitent un allègement des emplois du temps et des programmes ;
– 44% des sondés au secondaire et 60% des sondés au primaire souhaitent un temps hebdomadaire de déconnexion ;
– 67% des sondés souhaitent que le temps d’enseignement passé en visioconférence soit limité ;
– 56% des sondés au secondaire souhaitent que les emplois du temps publiés sur Pronote soient beaucoup plus précisément le reflet de la réalité.

Des collègues parents d’élèves au primaire ont également vu passer, ces derniers jours, des récriminations de parents appelant les enseignants à “prendre leurs responsabilités”, à faire beaucoup plus de visioconférences pour les soulager et menaçant de ne plus payer les frais de scolarité. Dans le contexte actuel, et après nous être transformés en enseignants à distance du jour au lendemain, très souvent au détriment de nos propres équilibres familiaux, nous vivons naturellement très mal ces remises en cause.

Nous aimerions suggérer un certain nombre d’aménagements pour les semaines à venir :

1) En ce qui concerne la communication du lycée, il nous semble primordial d’être honnêtes (nous assurons la continuité pédagogique et non pas “l”école à la maison” comme il a été trop souvent suggéré) mais aussi de rassurer les parents qui se trouvent démunis face au nouveau contexte :
– Au primaire, il faut dire clairement aux parents que de jeunes enfants ne peuvent pas travailler plus de 2h (au cycle 2) et 3h (cycle 3) par jour dans le contexte actuel (c’est-à-dire sans la présence constante d’un personnel enseignant et encadrant, les infrastructures et la discipline collective propres à l’école) et que ce temps d’apprentissage ne peut en aucun cas se passer uniquement derrière un écran. Le temps d’école hebdomadaire alliera donc activités à faire en autonomie et activités encadrées par l’enseignant en visioconférence/vidéos (notamment sur padlet). Les parents qui trouvent particulièrement difficile d’accompagner leurs enfants dans leurs apprentissages pour des questions de langues, de télétravail ou autres doivent pouvoir se rapprocher de l’enseignant et du lycée pour que des solutions soient trouvées au cas par cas. Il nous paraît évident, quoiqu’il en soit, que la solution ne passera pas par des séances Zoom en classe entière de trois heures par jour comme le suggèrent certains parents : ça n’est pas souhaitable, encore une fois, pour les enfants, ça n’est pas efficace pour aider les élèves en réelle difficulté, et ça n’est pas réalisable pour les enseignants qui travaillent eux aussi à la maison avec un matériel qui n’a jamais été pensé pour ça, des connexions Internet et électriques parfois défaillantes, et, pour certains, leurs propres enfants à garder et accompagner dans leurs apprentissages. Il faut, enfin, rassurer les parents qui s’inquiètent au sujet des programmes :
une grande partie des enfants du monde sont actuellement confinés et il est évident que tous les enseignants prendront cela en compte à la reprise des classes/en début d’année prochaine et retravailleront les parties de programme et les compétences qui le nécessitent.
– Au secondaire aussi, il nous parait primordial de rassurer les parents quant aux programmes : dans les classes à examens, ils seront terminés pour la plupart (la fermeture étant intervenue tard dans l’année), dans les autres classes, les éléments indispensables seront revus les années suivantes. Des discussions pédagogiques ont été entamées que nous souhaitons continuer pour adapter les enseignements au contexte et pour maintenir la motivation et l’assiduité des élèves à long terme. Là aussi, il faut absolument expliquer, encore et encore, toutes les limites des cours en visioconférences qui ne sont pas la panacée. Les élèves du secondaire sont encore plus à même de travailler en autonomie ou encore en groupes et nous aurons à coeur d’explorer toutes les options pour varier les formats.

2) Il est primordial que toutes les ressources soient mieux mobilisées pour repenser la continuité pédagogique, la rendre plus flexible et nous permettre à tous de travailler plus sereinement et sans risque de burn-out :
– Pronote, au secondaire, doit rapidement être adapté, notamment au niveau des emplois du temps, pour être plus lisible et toute modification souhaitée par un enseignant ou une équipe pédagogique doit être immédiatement entérinée sur Pronote pour être visible de tous.
– Tout temps de réflexion doit être utilisé de la manière la plus efficace possible. La demie-journée banalisée de mercredi dernier, au secondaire, n’a pas été constructive du fait d’une annonce de dernière minute (de fait, peu d’enseignants ont réellement annulé leurs cours) et d’instructions contradictoires (s’agissait-il de clarifier les EDTs ? De les refaire ? Ou de repenser notre mode de fonctionnement pour après les vacances ?). Une discussion qui aurait dû être pédagogique et inventive s’est transformée en foire d’empoigne pour de nouveaux créneaux horaires, ce qui a causé du stress au lieu d’insuffler une nouvelle motivation.
– Mieux mobiliser les ressources humaines doit également signifier mieux respecter les besoins du personnel. Il nous paraît important de faire le bilan, au cas par cas, avec chaque collègue pour penser des manières de travailler et rythmes de travail plus en phase avec leurs besoins familiaux mais aussi psychologiques. Il paraît important, notamment, de prendre en compte que certains collègues se retrouvent très isolés dans le contexte actuel, tandis que d’autres doivent allier télétravail et suivi de la scolarité de leurs enfants.
Nous souhaitons qu’un vrai temps de réflexion mais aussi de formation soit mis en place afin de nous permettre de repenser, mais aussi de mieux nous former aux, enseignements à compter de la mi-mai. Nous avons dû nous transformer en enseignants à distance du jour au lendemain et nous en voyons toutes les limites maintenant. De nombreux collègues soulignent qu’ils n’ont pas eu le temps, jusqu’ici, de suivre les formations et d’étudier les outils proposés par les IEN et EEMCP2. Il nous paraît primordial que ce temps de réflexion et de formation ait lieu avant les vacances à venir et nous proposons qu’une partie de la semaine prochaine soit banalisée afin de permettre cela. Pour que ces jours banalisés soient productifs, il faut qu’une organisation claire par petits comités soit proposée en amont par la direction avec l’accord des enseignants et ainsi éviter de réitérer la désorganisation de la demi-journée banalisée de mercredi dernier (pour le secondaire).

3) Il nous paraît également primordial que le Comité de gestion ait une politique claire, que ce soit vis-à-vis de nous ou des parents.
– Nous aimerions recevoir une garantie absolue que tous les salaires et indemnités de départ seront bien payés, comme le Comité de gestion s’y était engagé, jusqu’à fin août. En effet, de très gros retards de signature de documents (avenants aux contrats, remboursements de frais encourus) créent une très grande inquiétude auprès des enseignants. Nous travaillons plus que jamais et souhaitons être certains que ce travail sera bien rémunéré.
– Nous souhaitons également que le Comité de gestion publie la nouvelle grille salariale, tant de fois promise, le plus rapidement possible. En effet, les collègues qui ont prévu de rester l’année prochaine doivent pouvoir se projeter financièrement. Nous rappelons aussi que vous vous êtes engagés à être entièrement transparents auprès des collègues nouvellement recrutés. Nous nous inquiétons donc des recrutements annoncés au primaire : en l’absence de grille salariale, comment a-t-il pu être possible d’informer les néo-recrutés ?

En résumé, voici nos demandes :
– une communication claire, honnête et rassurante auprès des parents sur l’organisation pédagogique ;
– pour arriver à cela, encore faut-il que les choses soient claires et organisées pour les enseignants, donc : 3 jours banalisés, bien organisés en amont, pour les élèves la semaine prochaine afin de réunir les équipes enseignantes sur des thèmes pédagogiques et des formations ;
– une communication du CG aux personnels sur les rémunérations ainsi que sur les nouvelles grilles salariales.

Autant la fermeture du lycée le 16 mars pouvait difficilement être anticipée, autant le prolongement de cette fermeture peut et doit l’être. Afin que nous puissions tous continuer à travailler de la manière la plus constructive et efficace possible, il nous semble primordial de prendre le temps de repenser les choses sur la durée et de recréer une relation de confiance entre tous.

Très cordialement,

Les personnels FSU